Le travail de deuil est un processus naturel qui se met en route dès que l’on a à faire face à une perte ou à un changement. La finalité de ce cheminement est d’intégrer dans sa propre histoire la réalité et les conséquences de cette perte, et de continuer son chemin, non pas dans la survie – ou la sur-vie -, mais dans la vie. Parfois, il est même question de choisir de vivre.

Il y a quelque chose d’universel dans ce travail de deuil, un socle commun à tous, quelque soit l’âge de l’endeuillé et les circonstances de la perte. Mais lorsque l’on doit accompagner un enfant en deuil, il faut aussi tenir compte de trois réalités qui caractérisent un petit : il est dans une pensée magique et une illusion de toute puissance, on peut le comparer à une sorte d’éponge émotionnelle et il a des difficultés à symboliser les choses.

Pensée magique, illusion de toute-puissance et ambivalence

Naturellement, un petit enfant part de l’idée que tout ce qui arrive (à lui ou à ses proches) est de son fait : soit c’est grâce à lui, soit c’est à cause de lui. Pour sa construction psychique, c’est important qu’il réalise qu’il a le pouvoir d’induire des effets sur les autres et/ ou sur la relation à l’autre. « Papa est content parce que je l’ai aidé à ramasser les feuilles dans le jardin ». Mais parfois la combinaison « évènement de vie » et « désir, pensée ou sentiment » est fausse et préjudiciable pour lui : « Maman est triste parce que je ne suis pas obéissante. » alors qu’en fait, Maman est triste parce que le bébé est mort.

D’autre part, un enfant peut tout à fait participer à la joie de la famille dans l’attente de ce bébé, lui faire des dessins et des câlins, et avoir aussi et en même temps des sentiments plus ambivalents de jalousie, d’inquiétude, voire de non amour. Il peut alors céder à la tentation d’une conclusion délétère : « Le bébé est mort parce que je ne voulais pas qu’il naisse. »

Il faut donc rassurer l’enfant sur le fait qu’il n’est pas responsable de ce qui arrive, ni responsable des émotions des adultes, ni que leur consolation ne dépend uniquement de lui.

Une éponge émotionnelle

L’enfant est très sensible au climat familial, aux changements d’ambiance et de comportements. Si on ne lui dit rien de ce qu’il se passe, il va se faire tout petit pour ne pas déranger les adultes, mais ses antennes seront d’autant plus grandes ouvertes pour capter et comprendre son environnement. On est souvent surpris de constater que le petit perçoit la réalité des choses souvent bien plus que ce que l’on s’imagine.

C‘est pourquoi il faut lui expliquer ce qui se passe autour de lui. Et ne pas tarder à lui parler, même s’il n’était pas encore au courant de la grossesse. Lui parler des faits et des sentiments qu’ils suscitent. Quand un adulte met des mots sur ses émotions, il permet à l’enfant de comprendre qu’il peut le faire lui aussi. Une émotion peut être très envahissante et génératrice d’angoisse pour l’enfant si elle n’est pas « parlée » : il ressent qu’il se passe quelque chose mais ne sait pas de quoi il s’agit. Mettre des mots sur une émotion c’est lui donner un contour, une forme, un début et une fin, une cause, une raison. Si les parents ont trop de peine pour en parler eux-mêmes, ils peuvent faire appel à une personne de confiance.

Des difficultés avec la symbolique

Afin de protéger un enfant, ou pour adoucir la réalité, il est tentant de ne rien lui dire ou bien d’utiliser de jolies images pour parler de la mort. Or il faut savoir qu’un enfant à tendance à croire ce qu’on lui dit sans avoir la possibilité de comprendre l’aspect symbolique des mots et expressions.  Il les croit tels qu’il les entend. Il a donc besoin que l’on mette des mots vrais, des mots justes, des mots simples qui correspondent à la réalité : « Le bébé est mort », « Il est décédé » ou bien « Il a fini de vivre». Si l’on dit à un enfant que son petit frère est parti au ciel, il se peut qu’il veuille prendre un avion ou une grande échelle pour toucher les étoiles et le retrouver. Si on lui dit qu’il est parti, l’enfant pourra développer des angoisses à l’idée de laisser partir un proche au travail.

Et les parents ?

Perdre un bébé est d’une violence extrême. Mort souvent inattendue, peu de souvenirs avec le tout petit, peu de traces de lui à garder, peu de reconnaissance sociale, une mort à un âge où il n’est pas logique de mourir, un vécu dans le couple qui peut être assez décalé, impression de grande solitude, tabou sociétal… autant de facteurs qui font que cette épreuve est un deuil qui peut être très compliqué à vivre. N’hésitez pas à vous faire aider par des professionnels ou par des associations dont celles qui font partie d’Une fleur, une vie.

 

Sophie Helmlinger est psychothérapeute, auteure et fondatrice de l’association L’enfant sans nom – Parents endeuillés. Après avoir perdu elle-même trois fois un bébé en milieu de grossesse, elle décrit son long parcours de retour à la vie dans un récit : Une terrible épreuve. Ma traversée du deuil périnatal, éditions Empreinte temps présent.

Elle vient d’écrire un album jeunesse à l’adresse des enfants à partir de 5 ou 6 ans, Pour toute la vie, éditions Utopique. Dans ce livre, fruit d’une expérience de vingt ans d’exercice en cabinet libéral et d’engagement associatif à l’écoute de familles endeuillées, l’auteure prête ses mots aux parents pour qu’ils puissent eux-mêmes raconter leur histoire à la fratrie du tout petit décédé.

A paraître en février 2018, on peut déjà le commander par souscription sur le site de l’éditeur http://utopique.fr/accueil/58-pour-toute-la-vie.html

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